Un homme et une femme dénutries

Prévention de la dénutrition : les 12 signes d’alerte à connaître

Qu’est-ce qui provoque la dénutrition ?

La dénutrition peut être définie par opposition à l’obésité comme un déséquilibre négatif entre l’apport calorique et la dépense calorique. La dénutrition peut être la conséquence d’une très grande variété de maladies, et il faut garder à l’esprit que quasiment tous les états pathologiques sont susceptibles de provoquer une dénutrition (même l’obésité). Une vision simpliste de la dénutrition serait que celle‐ci peut être due soit à une carence d’apports, soit à un excès de consommation énergétique. En pratique, les deux mécanismes sont souvent mêlés.

Quels sont les signes d’une dénutrition ?

1) Perte de poids inexpliquée

La perte de poids rapide sans raison apparente, c’est-à-dire sans modification des repas ou de l’activité physique, est souvent un indicateur d’un risque de dénutrition.

La Haute Autorité de Santé (HAS) a établi des normes à partir desquelles une personne est considérée comme à risque de dénutrition ou dénutri :

  • Perte de poids ≥ 5 % en 1 mois ou ≥ 10% en 6 mois ou ≥ 10 % par rapport au poids habituel avant le début de la maladie.
  • IMC < 17kg/m² (< 22 pour les personnes âgées de 70 ans et plus).
  • Réduction de la prise alimentaire ≥ 50 % pendant plus d’1 semaine ou toute réduction pendant plus de 2 semaines par rapport à la consommation alimentaire habituelle ou aux besoins protéino-énergétiques estimés.

Cette perte de poids peut être due à une augmentation des besoins suite à une situation d’agression (à une maladie ou à une infection), aux troubles du comportement alimentaire, tels que l’anorexie ou la boulimie, à des maladies chroniques affectant l’absorption des nutriments comme la maladie cœliaque ou la maladie de Crohn ou à des facteurs psychologiques, comme le stress ou la dépression.

2) Manque ou diminution de l’appétit

La baisse de l’appétit est fréquemment associée à la dénutrition. La perte d’appétit peut résulter de nombreux facteurs tels que :

  • Effets secondaires de médicaments.
  • Troubles gastro-intestinaux pouvant influencer la digestion ou l’absorption.
  • Facteurs psychologiques, tels que l’anxiété ou la dépression, diminuant le désir et le plaisir de manger.

3) Modifications visibles de la peau

Les modifications cutanées liées à la dénutrition peuvent se présenter sous différentes formes :

  • Sécheresse et perte d’élasticité de la peau.
  • Apparition de lésions ou de croûtes sèches.
  • Teint pâle ou jaunâtre, parfois co-symptôme d’anémie.

Ces symptômes sont dus aux carences en vitamines et minéraux liées à la diminution des apports ou de l’absorption des nutriments.

4) Chute de cheveux et ongles cassants

La chute de cheveux et les ongles cassants ou présentant des stries sont également des causes de la dénutrition. Tout comme la peau, la qualité des cheveux et des ongles varie en fonction des apports alimentaires, notamment en protéines, fer et vitamines.

5) Fatigue générale

L’asthénie ou fatigue générale, au-delà d’un simple manque de sommeil ou d’un effort physique intense, peut être une autre cause non spécifique de la dénutrition.

6) Faiblesse musculaire

La faiblesse musculaire, caractérisée par une réduction de la force et de l’endurance des muscles, est une conséquence qui apparait très rapidement en cas de dénutrition. Les signes de la perte musculaire sont :

  • Une difficulté à effectuer les mouvements habituels.
  • Une augmentation de la fatigabilité lors des efforts physiques.
  • Des crampes et une atrophie musculaire.

7) Sensibilité accrue aux infections

Une fréquence inhabituelle d’infections peut être le résultat d’un système immunitaire affaibli. Un organisme carencé à plus de difficultés à lutter contre les agents pathogènes, ce qui se traduit par :

  • Un allongement des périodes de convalescence.
  • Une guérison plus lente.
  • Une vulnérabilité plus grande face aux maladies opportunistes.

8) Retard de la cicatrisation

Le retard de cicatrisation n’est pas seulement une conséquence de l’âge avancé ou d’une pathologie spécifique mais peut aussi résulter d’un état de dénutrition. En effet, la cicatrisation est un processus complexe nécessitant une quantité suffisante de nutriments clés :

  • Les protéines et les acides aminés pour la reconstruction cellulaire.
  • La vitamine C pour la synthèse du collagène (solidité du tissu cicatriciel).
  • Le zinc pour son rôle dans la multiplication cellulaire et la réparation des tissus.

9) Irritabilité et changements d’humeur

Les troubles de l’humeur peuvent être la conséquence de plusieurs déséquilibres nutritionnels :

  • Un manque de glucides complexes peut entraîner des baisses de la glycémie, affectant l’état d’esprit et la concentration.
  • Les carences en acides gras oméga-3 peuvent influencer la fonction cérébrale et l’humeur.
  • Une alimentation déficiente en vitamines du complexe B, notamment B12 et folates, est souvent liée à l’irritabilité et à la dépression.

10) Problèmes de concentration et de mémoire

Le cerveau peut utiliser qu’une seule source d’énergie : les glucides. Une carence en glucides peut réduire l’apport énergétique au niveau du cerveau, entravant ainsi ses capacités. Le manque en acides gras essentiels comme les oméga-3 peut également affecter la santé des neurones et la transmission de l’influx nerveux.

Les déficits en vitamines du groupe B, en particulier B12 et acide folique, ont été associés à une altération cognitive et une détérioration de la mémoire.

11) Sensations de froid persistantes

Le mécanisme qui régule la température corporelle (thermorégulation) peut être perturbé en cas d’apports nutritionnels insuffisants :

  • Une alimentation pauvre en calories limite la production de chaleur corporelle.
  • Les carences en fer, souvent liées à l’anémie, peuvent réduire la capacité de transport de l’oxygène dans le sang, affectant ainsi la thermorégulation.

12) Gonflement et œdème

Le gonflement des membres inférieurs, ou œdème de dénutrition, peut survenir suite à un manque de protéines circulants dans l’organisme. Un déficit en protéines et particulièrement l’albumine, peut réduire la rétention d’eau dans les vaisseaux sanguins augmentant ainsi la quantité d’eau dans le tissu interstitiel (tissu de soutien entre les organes).

Quelles sont les conséquences de la dénutrition ?

La dénutrition, et notamment la fragilité osseuse et la faiblesse musculaire, peuvent entrainer un isolement et une perte d’autonomie.

Comment savoir si un enfant est atteint de malnutrition ?

La dénutrition ne touche pas uniquement les personnes âgées de plus de 70 ans mais toute la population, y compris les enfants. Un enfant dénutri risque d’avoir une croissance staturo-pondérale altérée ainsi que des troubles cognitifs irréversibles. Il est important de surveiller les courbes de croissance standards pour son âge et son sexe. La HAS considère qu’un enfant est en situation de dénutrition lorsque son IMC est inférieur à 18,5 de la courbe de croissance IOTF.

Prévention et prise en charge de la dénutrition

Quels sont les marqueurs de la dénutrition ?

Les marqueurs de la dénutrition sont des indicateurs cliniques, paracliniques et biologiques qui permettent d’évaluer l’état nutritionnel d’un individu. Les principaux marqueurs sont:

  1. Poids corporel : une perte de poids inexpliquée ou un IMC (Indice de Masse Corporelle) inférieur à 17 sont des signes de dénutrition.
  2. Composition corporelle : une réduction de la masse musculaire et de la graisse sous-cutanée peut révéler une dénutrition.
  3. Albumine sérique : une concentration basse en albumine dans le sang peut indiquer une dénutrition protéino-énergétique.
  4. Hémoglobine et hématocrite : des valeurs faibles peuvent signaler une anémie liée à la dénutrition.
  5. Capacité physique et cognitive : une diminution de la force de préhension et une fatigue générale peuvent être des indicateurs de dénutrition.

Quels sont les traitements de la dénutrition ?

La prévention de la dénutrition passe par les recommandations d’alimentation équilibrée et adaptée. La prise en charge des patients dénutris passe par l’alimentation, qui peut être administrée de trois manières :

  • Orale (par la bouche).
  • Entérale (directement dans le système digestif) en cas de problèmes bucco-dentaires importants (trouble de la déglutition…).
  • Parentérale (directement dans les veines) si le système digestif n’est plus fonctionnel.

Conclusion

La dénutrition peut toucher toute la population, de l’enfant à la personne âgée, y compris les personnes en surpoids ou en situation d’obésité (régimes trop restrictifs) et les conséquences peuvent être dramatiques. Il est donc essentiel de rester vigilant sur l’apparition de signaux d’alerte afin de pouvoir agir rapidement et efficacement le plus tôt possible. Les ateliers de sensibilisation et d’éducation sur une alimentation équilibrée jouent un rôle primordial dans la prévention de la dénutrition. La prise en charge de la dénutrition est un processus continu qui nécessite souvent des ajustements (compléments alimentaires, fractionnement des repas, adaptation des textures), une renutrition progressive en prévention du Syndrome de Renutrition Inapproprié (SRI) et un suivi spécifique.